vendredi 5 mai 2017

Excalibur et son symbolisme

La légende raconte qu’au Moyen Âge, le trône vide du royaume de Bretagne était convoité par de nombreux individus. Pour mettre un terme aux querelles de ceux qui revendiquaient le titre de Roi, une épreuve mystérieuse fut proposée à quiconque voudrait régner sur le royaume de Bretagne. Il suffirait de parvenir à extraire l’épée Excalibur de l’enclume dans laquelle elle était emprisonnée. La légende nous raconte qu’aucun homme, même parmi les plus forts, n’y parvint. Seul un jeune enfant prénommé Arthur, réussi à s’emparer de l’épée magique C’est ainsi que la légende raconte qu’Arthur fut couronné Roi de Bretagne.


Le symbolisme de l’épée est généralement associé à la Lumière spirituelle, celle du Pur Esprit (le Soi, le Moi Suprême, l’Âtman, le « Je Suis », etc.), comme peut l’être également le rayon du soleil, la lance, la foudre ou la flèche. La légende du Roi Arthur et de l’épée Excalibur est particulièrement riche car elle nous enseigne que seul un petit enfant - dont l’esprit est pur par rapport à celui des « adultes » trop identifié à leur structure mentale -, a la possibilité d’utiliser l’épée. Il y a une correspondance évidente avec ces deux paroles de Jésus-Christ : «Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi ; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent» et encore «Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux.»

D’un point de vue ésotérique, le fait d’être Roi ne concerne pas la possibilité donnée à un individu de régner sur un territoire extérieur, mais sur sa réalité intérieure, et d’y établir les conditions de l’harmonie, d’ordre et d’équilibre (donc aussi de paix, de santé, de joie, etc.), qui concorde avec la véritable fonction d’un Roi. En effet, le Roi est celui qui réalise cette harmonie, cet ordre et cet équilibre, non pas par lui-même, mais par la puissance de l’influence spirituelle qu’il laisse passer à travers lui et qui seule est capable de résoudre les conflits dans son royaume (ou dans sa réalité intérieure, sur le plan microcosmique).

Sur le plan intérieur plus spécifiquement, il ne s’agit pas d’une dynamique martiale de lutte entre le bien et le mal à l’intérieur de soi-même, mais de résolution des oppositions par la force cohésive et équilibrante de la Lumière spirituelle, dont Excalibur est le symbole. C’est ce que Thésée n’a pas compris, lui qui a terrassé le Minotaure à partir d’une volonté d’anéantissement, à l’aide de sa massue de cuir (symbole de bestialité), alors qu’il aurait dû se servir de son épée d’or pour vaincre le Minotaure - le monstre symbolisant sa nature inférieure -, qui ne devait pas être détruit, mais transmuté par la Lumière spirituelle symbolisée par cette même épée d’or.
    
La légende raconte qu’Excalibur est incassable et qu’elle rend invincible celui qui la détient. La Lumière spirituelle symbolisée par Excalibur, ne peut être détruite car elle est « au-delà » du monde des formes, et elle rend invincible son détenteur car n’étant plus identifié au «petit-moi» formé par un ensemble d’agrégats (ou composantes psychiques) soumis à la loi de l’impermanence, celui-ci ne peut plus « mourir » sur le plan psychologique. Il ne peut être vaincu car sa véritable essence n’est pas « de ce monde » même s’il continue d’y vivre.
    
La condition pour être détenteur de l’épée, autrement dit pour être aligné sur la Lumière spirituelle et la laisser œuvrer à l’intérieur de soi, est d’avoir un esprit (ego) pur, simple, «pauvre», comme peut l’être celui des petits enfants. Cela ne signifie pas qu’il faille s’infantiliser, mais qu’il faille cesser de percevoir le monde au travers de la complexité d’une structure mentale omniprésente. Voir les choses à partir d’un esprit pur, c’est voir les choses telles qu’elles sont, et non telles que le filtre de nos conditionnements mentaux karmiques nous les fait voir, en les déformant inévitablement et en empêchant d’en découvrir l’essence, la vérité. Cela implique de ne pas céder à la tentation de réagir sur la base de nos conditionnements, de nos automatismes dans un état d’auto-hypnose liberticide, mais d’observer, de goûter, d’accueillir « ce qui est » sans filtre, avec un esprit d’unité, une bienveillante neutralité qui ne s’oppose à rien, mais qui inclut à l’infini, et qui triomphe ainsi de la dualité (c-à-d. de nos conflits intérieurs) par le seul fait de s’extraire de la dynamique d’opposition à laquelle l’identification à la structure mentale nous confine. Ce positionnement intérieur ouvre la porte de l’incarnation à la Lumière spirituelle, et lui permet d’en rectifier la « matière psychique », opération proprement alchimique qu’elle seule est capable de réaliser, raison pour laquelle celui qui est identifié à sa structure mentale ne peut espérer connaître le Royaume de Dieu (C’est pour cela que seul un enfant pur comme Arthur fut capable de posséder Excalibur).
    
L’esprit individuel (ego) ne peut rien par lui-même en terme de guérison, de transmutation, d’harmonisation. Tout au plus peut il s’ouvrir à l’influence spirituelle par une opération de repentance, de conversion intérieure, que l’on appelle le lâcher-prise et qui rend véritablement maître de soi-même. La véritable maîtrise de soi est celle de l’abandon dans l’attention pure à la réalité de l’ici et maintenant. C’est l’acte du renoncement à la volonté inférieure pour se remettre, s’aligner et se « soumettre » pourrait-on dire aussi, à la Volonté divine, celle de la Lumière spirituelle.

C’est ainsi seulement que la magie peut opérer... Une magie divine, celle de la Lumière spirituelle.


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