vendredi 8 avril 2016

Unité des religions & exclusivisme et fanatisme religieux

Même si c'est relativement rare, il m'arrive de recevoir des messages menaçants, agressifs et provocateurs, de la part de personnes que je qualifierais de "fanatiques", parce qu'elles sont convaincues de la supériorité dogmatique de leur religion.

Il semblerait que ma vision des choses, "inclusive" dans la mesure où j'insiste souvent sur le fait que les religions proposent toutes le même enseignement spirituel, sous des formes diverses cependant, les dérange beaucoup. Je pourrais adresser les mêmes remarques aux croyants de toutes les religions qui défendent la suprématie de leur religion, mais comme les "attaques" viennent le plus souvent des chrétiens (plus précisément ceux qui appartiennent à la mouvance "born again"), ce sont leurs illusions que je souhaite en particulier battre en brèche dans ce texte. 

Mon objectif est de présenter un angle de vue qui met en lumière les fausses croyances véhiculées par le christianisme dogmatique (déviant par rapport au véritable message de Jésus Christ et au symbolisme de sa vie) et qui fait ressortir l’unité des religions. Je ressens l’élan de partager mon opinion, en espérant qu’elle suscite la remise en question de certains dogmes qui, à mon sens, sont malsains en cela qu’ils alimentent l’esprit de division entre les hommes. 

© casejustin - fotolia.com
Chacun est libre de choisir la religion qui correspond le mieux à sa sensibilité, à sa mentalité. Mais quelle que soit l'orientation de sa foi, que chacun comprenne qu’aucune religion n’est meilleure qu’une autre, et que toute forme d'exclusivisme renforce l'esprit de division, alimentant une dynamique d'opposition qui est contraire au fondement même de la religion (du latin religare : "relier").

Fondamentalement, je suis intimement convaincu que toutes les religions poursuivent le même but dans leurs fondements : libérer l'être humain de la souffrance et l’élever dans l’harmonie, la paix, l’amour, le partage, la fraternité, la compassion, etc. Plutôt que de les opposer les unes aux autres, la vraie sagesse voudrait qu'on les voie comme complémentaires (cf. parabole des aveugles et de l'éléphant).

Si les enseignements des Prophètes ont été détournés pour servir les intérêts de l’homme ignorant et avide de pouvoir, cela ne remet nullement en cause la vérité qu’ils contiennent ; cette vérité que des milliers d’individus ont pu reconnaître, comprendre et incarner pour devenir des sages, des saints, des éveillés, des êtres de cœur, vertueux et nobles.

En général, lorsque ces personnes s'adressent à moi, elles le font au travers d'une longue tirade dont les 90% sont composés de versets tirés des Évangiles canoniques, sortis de leur contexte, assénés comme des Vérités absolues indiscutables (au seul motif que... c'est écrit dans la Bible..., oubliant un peu vite que la Bible a été maintes et maintes fois retraduites, et que le sens littéral d'aujourd'hui est parfois fort éloigné de celui des versions d'origine). Ces versets leur servent à valider l'idée selon laquelle le christianisme serait la seule et unique religion pouvant conduire à Dieu, dans la mesure où Jésus-Christ est le SEUL sauveur et qu'il est Dieu Lui-même. Bien qu'ils cherchent à me convaincre que leur intention est bonne puisque leur but est de me « sauver » (on le sait cependant : l'enfer est pavé de bonnes intentions...) et « sauver » toutes les personnes qui s'intéressent à mes enseignements et que j'ai induit en erreur en proclamant l'unité des religions, je décèle très souvent une grande violence dans leurs propos.

Quand on me dit "si tu ne reconnais pas Jésus-Christ comme Seigneur et Sauveur et comme Dieu fait chair, tu iras en enfer", cela me révolte profondément, car cette menace est aux antipodes du message du Christ lui-même. De même, lorsqu'on me dit "vos propos sont blasphématoires et sataniques. Jésus-Christ est l’unique Fils de Dieu. Jésus est Dieu et c’est notre SEUL sauveur, c’est écrit dans la Bible. Vous ne faites que détourner les âmes sincères et vous les empêchez d’être sauvées par Christ." (j'ai reçu ces propos par email), je ne peux m'empêcher de m'indigner, car je vois les graves illusions auxquelles sont identifiés ces personnes, qui contribuent paradoxalement à déformer le véritable message du Christ, dont l'essence est en tout point la même que celle d'un Bouddha, d'un Krishna ou d'un Tchouang Tseu, pour autant bien sûr qu'on accepte de voir ce qui unit plutôt que ce qui divise, qu'on accepte de regarder le cœur des choses plutôt que leur aspects les plus extérieurs et superflus. 

Je connais bien la position dogmatique de l’exclusivisme chrétien qui s’appuie toujours sur ce même précepte : seul Jésus-Christ sauve et donc tous ceux qui ne croient pas en Jésus-Christ ne pourront être sauvés, ce qui englobe forcément tous les croyants des autres religions, raison pour laquelle ils se se sentent le devoir de convertir les autres, en usant pour cela de cette odieuse forme de chantage : "tu iras en enfer si tu ne te convertis pas."

Autre précepte partagé par le biblocentrisme propre au fanatisme chrétien : tout ce qui ne relève pas du message de Jésus-Christ provient de Satan, ce qui signifie que toutes les autres religions sont sataniques et donc que ceux qui y adhèrent le sont aussi. Quelle folie et quelle ignorance...!

Pour justifier ces positions idéologiques, dogmatiques, ils se réfèrent à ces paroles des Évangiles en les sortant de leur contexte et en les réinterprétant littéralement à leur guise pour se persuader du bien-fondé de leur démarche :

- « Je suis le chemin la vérité et la vie, nul ne vient au Père que par moi. » Jean 14:6
« Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. » Matthieu 16:16
- « Celui qui n'est pas avec moi, est contre moi. » Matthieu 12:30
- « Celui qui ne croit pas au Fils ne verra point la vie. » Jean 3:36
- « Il n'y a de salut en aucun autre ; car il n'y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés. » Actes 4:12

Jésus n’a JAMAIS prétendu être le SEUL ET UNIQUE Fils de Dieu, et le SEUL ET UNIQUE dépositaire de la Vérité absolue. Il était l’incarnation de la voie, de la vérité et de la vie, certes, mais cela ne veut bien sûr pas dire qu’il a été le SEUL ! S'ils affirment que c’est faux en s'appuyant sur la référence à « l’unique Fils de Dieu », je leur ferais remarquer que ce dogme a été adopté par décret impérial lors du Concile de Nicée (en l'an 325 ap. J-C), par des hommes aux intentions douteuses, et tous ceux qui s’opposaient à cette croyance étaient pourchassés, honnis et même exterminés pour les moins chanceux. Jésus n’aurait jamais voulu ça ; il se serait indigné contre cette odieuse manipulation et aurait dénoncé ceux qui voulaient l'imposer aux autres comme une Vérité absolue, tout comme il aurait dénoncé les fanatiques, qui défendent ce dogme qui a causé inutilement tant de souffrance dans le monde depuis deux mille ans.

« Ceux qui me disent: Seigneur, Seigneur! n'entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. Plusieurs me diront en ce jour-là: Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé par ton nom? n'avons-nous pas chassé des démons par ton nom? et n'avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom? Alors je leur dirai ouvertement: Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquité. » Matthieu 7:21-23

Quant à l’expression « Fils de Dieu », elle est utilisée à maintes reprises dans la Torah et aussi dans les manuscrits de la mer morte, pour qualifier les « parfaits », les « justes », ceux qui appliquent la Loi à la lettre, ceux qui sont soumis à la Volonté de Dieu. Cette expression n’a jamais été exclusivement réservée à Jésus !

Le problème, c'est qu'ils interprètent tout de manière littérale, alors que toutes les paroles des textes sacrés sont avant tout symboliques, y compris celles des Évangiles. Du coup, ils s'empêchent de comprendre la Vérité profonde et universelle dans le message de Jésus et dont tous les autres Prophètes et Sages réalisés des autres religions ont également été les messagers : une Vérité qui est UNE, en dépit des formulations différentes dont elle se pare selon les circonstances, les mentalités et les contextes sociaux et culturels des époques au travers desquelles elle a été transmise par les Prophètes.

Jésus était l'incarnation parfaite du Christ en tant que Principe vital, ce Principe universel qui soigne les blessures, guérit, inspire, élève l'être dans la plénitude, la paix, la charité, la compassion, le pardon (c'est « le fruit de l'Esprit » dont parlait St-Paul dans Galates 5:22). Mais Siddhartha Gautama, Lao Tseu, Mohammed, Moïse, Abraham, l’étaient aussi. Ils étaient aussi des Fils de Dieu, car ils rayonnaient les qualités et vertus Divines à travers leur personnalité.

Christ est un Principe universel, et il n'est évidemment pas nécessaire de croire en le personnage de Jésus pour être animé par ce Principe, qui est une puissance d'amour, de guérison, de purification intérieure. Identifier exclusivement le Christ à Jésus, c'est de l’idolâtrie. Tout homme, quelles que soient sa confession et ses croyances (religieuses ou non), peut être sauvé (c’est-à-dire élevé, purifié, régénéré, guéri) du moment où il s'aligne sur la Volonté divine et qu'en conséquence de cet alignement, le Principe-Christ peut (re)naître à l'intérieur de lui et l'élever.

La plupart des fanatiques croient certes en Jésus-Christ, mais en dépit de leur foi, ils lui font obstacle, parce qu'ils sont sous l'influence de l’esprit de division qui s'oppose à la Volonté divine. C'est là le grand paradoxe : ils placent leur foi aveugle en Jésus, mais par leur état d'esprit, ils se ferment complètement au Principe-Christ à cause des voiles mentaux auxquels ils s'identifient, et sans s'en rendre compte, c'est l’esprit de division qui les manipule et qui peut ainsi s'opposer à l'action du Christ en eux. A contrario, des croyants d'autres religions se laissent librement élever par le Principe-Christ parce qu'ils se placent dans le juste positionnement intérieur.

Comprenez par là que ce n'est pas les croyances qui sauvent, mais l'état d'esprit et les efforts que l'on est prêt à accomplir sur soi-même pour se placer dans le juste positionnement intérieur, celui qui permet l'alignement sur Volonté divine.

Il y a cette phrase de Jésus qui dit : « celui qui croit en moi n'aura jamais soif » (Jean 6:35). Si l'on prenait ces paroles au pied de la lettre, alors il suffisait de croire en Jésus pour ne plus avoir soif, et donc ne plus avoir besoin de boire ! Bien évidemment, croire en Jésus-Christ, même avec une foi à déplacer des  montagnes, ne dispense d’avoir soif et donc d’avoir besoin de boire. Il s'agit bien évidemment d'une parole à interpréter symboliquement, et non littéralement (« selon l’esprit et non la lettre », comme disait St-Paul). Il en va de même pour tout l’enseignement de Jésus-Christ. Mais les fanatiques interprètent les textes comme cela les arrange. Cela les conforte dans l’idée rassurante et valorisante qu'ils font faites partie de ceux qui sont « sauvés », de ceux qui ont « raison », de ceux qui détiennent la « vérité ». C'est également très gratifiant pour soi-même de se faire passer pour celui qui aide ; il y a de toute évidence le « syndrome du sauveur » derrière cette volonté de convertir l'autre afin qu'il puisse être « sauvé ».

De même, le fait de croire qu’en plaçant exclusivement sa foi en Jésus-Christ, est suffisant pour être sauvé, est bien arrangeant pour celui qui peut ainsi se « reposer sur ses lauriers » et éviter d’accomplir les efforts nécessaires pour obtenir sa purification et sa régénération − c’est-à-dire son salut −, par lui-même. Il est tellement plus facile de placer sa foi en une autorité ou puissance extérieure en croyant que cela suffit, pour se dispenser d’accomplir ces efforts-là. Certains rétorqueront à cela que leur foi en « Jésus-Christ seul sauveur » ne les empêche pas de faire un travail sur eux-mêmes pour devenir meilleurs (ils parlent dans ce cas de « foi agissante »). D’accord, mais alors il faut savoir ! De deux choses l’une, soit la seule foi en Jésus-Christ permet d’être sauvé sans qu’il y ait à faire soi-même des efforts, soit Jésus-Christ n’est pas le sauveur s’il faut en parallèle faire ses propres efforts sur soi-même. En effet, pourquoi Jésus-Christ devrait-il nous sauver si on peut se sauver soi-même par ses propres efforts ? Certains rétorqueront encore à cela que les efforts sur soi-même ne servent pas être sauvé par ses propres moyens, mais qu’ils sont destinés à prouver que l’on est digne d’être sauvé par Jésus-Christ ; une manière de prouver sa valeur à ses yeux, donc. Très bien, admettons alors que Jésus-Christ sauve seulement ceux qui consentent à faire des efforts sur eux-mêmes pour devenir meilleurs et prouver ainsi qu’ils méritent leur salut. Mais dans ce cas, pourquoi faudrait-il en plus de cela avoir foi en Jésus-Christ pour espérer être sauvé par lui ? Jésus-Christ serait-il à ce point orgueilleux pour ne sauver que ceux qui ont foi en lui, et laisser « sur la touche » tous ceux qui n’ont pas cette foi en lui et qui feraient malgré tout tous les efforts pour devenir des hommes meilleurs ? On voit en quoi les arguties de l’exclusivisme chrétien sont rapidement déjouées lorsqu’on pousse l’analyse au-delà des limites mentales dans lesquelles ses ardents défenseurs cherchent à nous cantonner.
 
Il y a eu, de tout temps, de grands sages qui ont atteint la libération spirituelle et qui ont montré l'exemple. Jésus était un être d'exception, tout comme Mohammed, Moïse, Bouddha, Krishna ou Lao Tseu. Pas un n’était supérieur aux autres. Tous égaux dans leur capacité à rayonner les vertus divines, notamment l’amour et la compassion infinie.

Chacun de ces grands sages a transmis la Vérité a sa manière, d'une manière qui correspondait à un contexte culturel et social, à une époque. Chacun d'eux, par ses propres efforts sur lui-même, a accédé à la Vérité universelle et absolue, et chacun d'eux l'a enseigné à sa manière pour que les gens puissent y accéder également, de manière adaptée aux mentalités des lieux et des époques.

Aujourd'hui, chacun doit comprendre que tous les enseignements des grands Sages sont valables, et que chacun doit pouvoir les choisir librement en fonction de sa sensibilité propre. La volonté de convertir les autres à un système de croyance, ne peut que créer des résistances et alimenter les conflits. Ceci est à la base des guerres depuis la nuit des temps. Ne faisons pas de la religion un sujet de division entre les hommes. Sortons de l'ornière, en comprenant la vraie nature du Christ en tant que Principe, qui aspire à pouvoir s'éveiller librement en chacun, sans avoir besoin pour cela de ne croire qu’en Jésus et en les Évangiles. Comprenons le fond du message de Jésus, qui est fondamentalement le même que celui des autres Grands Maîtres et Prophètes de l'Humanité, et ainsi nous donnerons une chance à notre humanité de s'extraire de la dynamique d'opposition qui fait le jeu de celui qui "divise pour mieux régner".

Pour étayer mes propos, voici quelques citations à méditer :


Si le Christ signifie quelque chose pour moi, c’est seulement en tant que symbole. En tant que figure-historique, il pourrait tout aussi bien s’appeler Pythagore, Lao-Tseu, Zarathoustra, etc.
Carl Gustav Jung

Lorsque Jésus disait : « Mon Père travaille, et moi aussi je travaille », que voulait-il nous faire comprendre ? Tout simplement que nous devons également nous mettre au travail. Mais au lieu de cela, les humains laissent Jésus travailler avec son Père, et eux, de leur côté, s’occupent d’arranger leurs affaires personnelles, leurs intérêts, leurs distractions. Vous direz : « Mais il y a une telle distance entre nous et Jésus ! Il est le Fils de Dieu, il est parfait, alors que nous… ! C’est de l’orgueil de s’imaginer que l’on peut faire le même travail que lui ». Bon, pensez ce que vous voulez, mais sachez que Jésus, lui, pensait différemment. Puisqu’il disait aussi: « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait », ou encore : « Celui qui croit en moi fera aussi les œuvres que je fais, et il en fera même de plus grandes », c’est qu’il savait que l’être humain est capable des plus grandes réalisations. Mais les chrétiens sont des paresseux. Même s’ils prétendent que c’est par humilité qu’ils ne s’engagent pas dans la seule activité qui vaille vraiment la peine, participer au travail de Dieu en se mettant à son service, en réalité, ce n’est pas de l’humilité, c’est de la paresse !
Omraam Mikhaël Aïvanhov

Un chrétien ordinaire ne sera pas satisfait tant qu’on ne lui dira pas que Dieu se trouve quelque part, dans quelques cieux lointains que nous ne pouvons atteindre sans aide. Il pense que seul Jésus Christ connaissait Dieu et que seul Jésus Christ peut nous guider. Il suffit d’adorer Jésus Christ pour être sauvé. Si on lui expose la simple vérité « le Royaume des Cieux est en vous », il n’est pas satisfait et donnera des interprétations compliquées et alambiquées à de telles déclarations. Seuls des esprits matures peuvent saisir la simple Vérité dans toute sa nudité.
Shri Râmana Maharshi

Essentiellement, il n'y a jamais eu qu'un seul enseignement spirituel, bien qu'il puisse prendre de nombreuses formes. Il s'est cependant rajouté à certaines de ces formes tellement d'éléments superflus, entre autres dans les religions anciennes, que leur essence spirituelle en a été presque totalement éclipsée. Voilà pourquoi, dans une large mesure, leur sens profond est impossible à reconnaître et leur pouvoir transformateur, perdu. 
Eckhart Tolle

La Bible et la Gîtâ sont la même chose.
Shri Râmana Maharshi

Un homme ignorant, convaincu que sa propre religion est la meilleure, la proclame inutilement d'une façon tapageuse. Mais lorsque son esprit est éclairé par la vraie Sagesse, toutes les disputes de sectes disparaissent.
Shri Ramâkrishna

Celui qui est parvenu au coeur même de sa religion est aussi parvenu au coeur des autres religions.
Gandhi