lundi 10 juin 2013

Remobiliser notre marge intérieure


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Si les stimuli extérieurs sont les mêmes, pourquoi nos réactions ne sont-elles pas pareilles ? La différence se situe au niveau de notre « marge intérieure ». Celle-ci traduit à chaque instant notre degré de paix intérieure, notre capacité de détachement, d’acceptation et, par conséquent, notre faculté à rester maître de soi. En principe, une marge intérieure faible est la conséquence d’une identification continue à certains schémas de fonctionnement négatifs, dans un intervalle de temps rapproché. Cette identification nous éloigne de notre véritable nature ; elle nous déporte vers l'extérieur, en périphérie de notre centre, et tout stimulus extérieur nous fait réagir à partir des mécanismes de défense que nous avons mis en place pour assurer la survie de l'image "périphérique" toute conceptuelle que nous nous faisons du "moi".


Lorsque nous avons "les nerfs à vif", que nous sommes « à fleur de peau », que « la moindre goutte d’eau fait déborder le vase », que nous sommes "à côtés de nos pompes", "hors de nous", cela traduit bien un état de déconnexion de notre centre. La marge qu'il devrait y avoir entre le centre et la périphérie n'est plus là, et nous devenons "épidermique", hyper-sensible. Cette hyper-réactivité nous empêche de rester maître de soi et, par conséquent, d’être libre d’incarner pleinement notre vraie nature. Dans de telles circonstances, nous avons l’impression d’être totalement dépassés par les événements et de ne pas pouvoir agir en étant alignés sur la volonté de notre Coeur. Lorsque c'est le cas, c'est le signe que notre enfant blessé a repris du terrain et que nous nous sommes laissés déporter hors de notre centre. Ses revendications semblent alors plus fortes que notre volonté consciente et nous ne pouvons réagir autrement que sous l'emprise de ses impulsions. Selon l’ampleur de sa charge émotionnelle alors réactivée, nous pouvons même avoir cette impression d’être littéralement « hypnotisés » durant un certain laps de temps, même si nous savons pertinemment que notre réaction n’est pas appropriée.

Lorsque nous n'avons plus de marge intérieure, nous nous laissons très facilement influencer par les revendications de cet enfant blessé qui vit en nous et qui souffre du manque d'Amour. Ce manque peut nous inciter à nous réfugier dans certaines attitudes compensatoires et nous pouvons ressentir le besoin compulsif de nous « anesthésier » avec des aliments ou certaines stimulations matérielles ou affectives, mais qui dans tous les cas seront artificielles et conditionnelles par rapport à l'Amour qui émane de notre centre. L'enfant blessé est profondément identifié à la croyance que l'Amour dont il s'est senti dépossédé se trouve à l'extérieur de lui, et que c'est donc à la périphérie qu'il doit porter son attention pour le retrouver. Là est l'illusion et le grand drame de nos vies ; l'illusion d'avoir perdu l'Amour, dont la source n'a pourtant jamais cessée d'être notre Coeur.

Lorsque nous ressentons que nous sommes sous l'emprise de notre enfant blessé, et que nous ressentons par conséquent un mal-être, une nervosité, un élan dépressif, c'est le signe que nous avons à nouveau perdu notre centre et, par conséquent, notre marge intérieur. C'est le signe que nous sommes à nouveau "hors de nous". Dans ce cas, il ne faut pas réprimer l'enfant blessé qui tentent de nous plier à sa volonté, sinon nous tombons dans une forme de contrôle exercée par notre sur-moi et cela génère plus de frustration et de souffrance encore. Il faut simplement se rappeler que nous n'avons pas besoin d'abandonner l'enfant blessé à ses croyances que l'Amour n'est disponible qu'à l'extérieur. Il y a un autre chemin ! Nous pouvons nous désidentifier de lui et l'accueillir depuis notre centre, tout simplement. La manière de faire est en tout point semblable à celle qui est proposée dans les méditations guidées :

Corriger la posture et détendre toutes les parties du corps qui auraient pu se crisper sous l'effet de la peur et des mécanismes de défense (parfois très inconscients) de l'enfant blessé. Observer avec attention les doléances de l'enfant blessé et l'aider à se détendre en libérant une à une toutes les crispations du corps. Il est important de ne pas juger ce qui se passe en soi, ne pas juger les pensées négatives, les pulsions, les états d'âmes. Ne pas se juger d'en être "encore rendu là". Il y a simplement à revenir au centre et à accueillir ce qui est là, en lâchant prise. Ainsi, par le relâchement corporel et la contemplation détachée, nous ouvrons nos portes à notre véritable nature et elle peut petit à petit remplir l'espace autour de notre centre, là où se trouvent nos blessures. C'est ainsi que nous pouvons remobiliser notre marge intérieure. Nous devons faire l'effort de nous mettre dans cet état de conscience méditatif à chaque fois que nous ressentons que nous nous sommes laissés déporter en périphérie. C'est la raison pour laquelle je proclame que la méditation n'est pas un hobby que l'on pratique de temps à autre, mais un état de conscience, une Présence. Si nous ne nous en donnons pas les moyens le plus souvent possible, l’effort à accomplir pour "sortir la tête de l'eau" nous semblera insurmontable, car nous nous serons laissés emporter par les eaux tumultueuses de notre inconscience.

Il n'y a pas d'exception à la nécessité de prendre soin de soi en revenant toujours au centre. Si nos activités nous imposent une grande concentration mentale, ménageons-nous un espace pour revenir aussi souvent que possible à l’instant présent. Faisons l’effort conscient de nous rapprocher de notre centre en revenant à la simplicité de la Présence.

Retenons qu’il vaut toujours mieux faire l’effort de créer en soi-même ce qui nous fait défaut plutôt que de nous battre contre ce qui est en surplus. En d’autres termes, cherchons toujours à amplifier notre marge intérieure en augmentant notre degré d'ouverture à cette force d'Amour qu'est le Souffle de Vie, au lieu de contrôler et de réprimer l'enfant blessé en souffrance. Autrement, c’est toujours la souffrance que nous renforçons. Le levier auquel nous pouvons accéder pour changer notre état d’esprit est toujours en soi-même...